Petites aiguilles recherchent petites mains

Ils peuvent être fiers, tous ces jeunes qui, en plein cœur de l’hiver, ont donné de leur temps pour confectionner des écharpes et des tours de cou au profit de personnes sans abri.

Ce projet original intitulé « Les petites aiguilles pour réchauffer la rue» n’aurait pu voir le jour sans l’enthousiasme et la pugnacité de deux éducatrices de l’établissement Notre Dame du Bon Accueil, Thaïs PIRAUD et Charlotte SALA. Tout d’abord, à l’automne dernier, elles participent avec des jeunes à une opération de collecte de vêtements et de duvets en lien avec un projet solidaire piloté par Pascale Boualame, responsable du groupe de médiation sur l’établissement. Le produit de cette collecte serait reversé aux Restos du Cœur.

Puis, dans un second temps, elles lancent un atelier « tricot solidaire » auquel un bon groupe de jeunes adhère spontanément. L’objectif est de confectionner des écharpes en laine pour des personnes en grande précarité. Petit problème : très peu d’entre eux savent manier les aiguilles. Une formation obligatoire est donc dispensée à ceux qui s’inscrivent en s’engageant dès le début à aller jusqu’au bout de la démarche. On fait alors appel à deux professeures expérimentées (la maman de l’une des organisatrices et la grand-mère d’une élève).
Mais, à la grande surprise des adultes qui sont aussi les bienvenus dans les ateliers de tricot, les jeunes se prennent au jeu et c’est même à leur demande que certains d’entre eux vont pouvoir emporter leur tricot pour le continuer soit sur l’internat, soit chez eux pendant les week-ends…
Au moins, ce temps-là ne sera pas consacré à regarder la télé ou jouer à des jeux vidéo… !

Comme le disent certains élèves particulièrement motivés : « On est une génération qui veut montrer qu’elle est capable de faire quelque-chose pour les autres » – « Et puis on se sent utile en allant offrir un objet qui vient un peu de soi et qui va servir à quelqu’un ».

 

Comment faire le lien avec les personnes en grande précarité ?

C’est en partenariat avec le Carillon, une association nantaise de proximité qui cherche à favoriser les relations entre les sans-abris, les habitants et les commerçants à travers différentes actions, que ces vêtements seront remis. Début décembre, pour présenter leurs actions, des représentants de l’association sont venus au sein de l’établissement pour expliquer la notion de travail associatif mais aussi pour nous inviter à élargir notre regard sur le monde de la rue à travers une formation intitulée « aller vers ».
Ils étaient accompagnés de deux personnes sans-abri “ambassadeurs” qui ont apporté leur témoignage.

C’est au retour des vacances de Noël qu’est lancée l’opération de distribution des tours de cou et écharpes réalisés – certains parfois terminés par des adultes -. Comme l’expliquent Thaïs et Charlotte, qui ont mené le projet : « notre premier objectif n’était pas d’initier les jeunes au monde de la rue à travers une action solidaire, mais bel et bien de les initier à une action de «don de soi », effectuer une action sans rien attendre en retour”.

Ce sont en tout près de 25 jeunes et plusieurs adultes qui se seront lancés dans ce beau projet. Et comme le disent les éducatrices : « Ils ont donc tous une nouvelle compétence à leur arc : “le tricot” ! Et certains se débrouillent déjà comme des chefs !… »

Peut-être qu’en vous promenant à Nantes, vous tomberez sur une écharpe accrochée à un lampadaire accompagnée d’un petit mot écrit par un ou une élève de Notre Dame du Bon Accueil.

N’y touchez pas, elle est déjà réservée…